dimanche 30 juin 2013

La route [Дорога] : chanson de la semaine #123



Le groupe russe Auktyon (АукцЫон) interprète - La route [Дорога] - Album Птица [Ptisa - Oiseau] (1993)
Groupe de rock d'avant-garde , Auktyon s'est formé en 1978 à Saint-Pétersbourg (alors dénommée Léningrad) autour de Leonid Fyodorov et d'Oleg Garkusha. Leur style allie des éléments de jazz, de ska, de new wave, de chanson et de poésie chantée.


traduction donnée à titre indicatif, réalisée à partir de deux traductions anglaises (1 - 2)

Я сам себе и небо, и луна,
Голая, довольная луна,
Долгая дорога, да и то не моя.
За мною зажигали города,
Глупые чужие города,
Там меня любили, только это не я.

О-о, зона!
Ожидает напряженно родниковая.
Я сам себе и небо, и луна,
Голая, довольная луна,
Долгая дорога бескайфовая.

Меня держала за ноги земля,
Голая, тяжелая земля,
Медленно любила, пережевывая.
И пылью улетала в облака,
Крыльями метала облака
Долгая дорога бескайфовая.

О-о, зона!
Ожидает напряженно беспросветная.
Я сам себе и небо, и луна,
Голая, довольная луна,
Я летаю где-то, только это не я.

Сам себе я!..
Moi seul, le ciel et la lune,
Nue, radieuse lune,
Longue route, mais ce n’est pas la mienne,
Derrière moi, la ville éclairée,
Stupides cités indifférentes,
Là on m’a aimé, mais ce n’était pas moi,

Oh la zone !
Attendant fébrile, le printemps,
Moi seul, le ciel et la lune,
Nue, radieuse lune,
Longue route inconnue

Je me tenais les pieds sur la terre,
Nue, dure terre
Lentement, elle aimait mâcher
Et la poussière volait en nuages
Métal ailes nuages
Longue route inconnue.

Oh, la zone !
Attendant fébrile désespéré.
Moi seul, le ciel et la lune,
Nue, radieuse lune
Je vole quelque part, mais ce n’est pas moi.

J'aimerais être moi!...


Références :

Auktyon - Wikipédia -

http://www.auktyon.com/

A lire : Back in the USSR : Une brève histoire du rock et de la contre-culture en Russie, Le Mot et le reste, 2012 (Attitudes)

samedi 22 juin 2013

Conneries : chanson de la semaine #122

Arthur Rimbaud - John Zorn - Mathieu Amalric

L'album Rimbaud (Tzadik, 2012) du compositeur et saxophoniste de jazz John Zorn est constitué d'une suite en 4 parties : Bateau ivre, A season in hell, Illuminations et Conneries. Alors que les 3 premiers titres sont des instrumentaux, le dernier a été enregistré avec la participation du comédien Mathieu Amalric, John Zorn assurant la partie instrumentale : saxophone alto, piano, orgue, guitare, batterie, bruitages.

Conneries est le titre générique donné par Arthur Rimbaud à trois textes : Jeune goinfre, Paris, Cocher ivre et fait partie des poèmes rassemblés sous l'appellation "poèmes zutiques". Mathieu Amalric déclame ici également des bribes et des fragments d'autres textes du même album zutique. Des pièces qui ont été écrites en 1871- 1872, juste après la Commune de Paris, au ton parodique (Fête galante), obscène et scatologique (Sonnet du trou du cul), et dont la violence transgressive annonce et ouvre la voie à Antonin Artaud, Georges Bataille, et Jean Genet, ...




(Cocher ivre)
Pouacre
Boit :
Nacre
Voit :

[...]
Femme
Tombe :
[...]
Saigne :
— Clame !
Geigne.

***
(Remembrances du vieillard idiot)
[...] — oh ! non ! —
Pour avoir le bout gros, noir et dur de mon père,
Dont la pileuse main me berçait !...
Je veux taire
[...] Pardon, mon père !

***
(Le balai)
C'est un humble balai de chiendent, trop dur
Pour une chambre ou pour la peinture d'un mur. [...]
J'aime de cet objet la saveur désolée
Et j'en voudrais laver tes larges bords de lait,[...]


***
(Les soirs d'été...)
[...] Suceurs du brûle-gueule ou baiseurs du cigare,
[...]
Les soirs d'été, sous l'œil ardent des devantures
Quand la sève frémit sous les grilles obscures
Irradiant [...] Hors [...] Dans [...] — Tandis [...]
[...] propre qui bruit [...] l'onde humaine,
— Et que l'âpre aquilon n'épargne aucune veine.

***
(Remembrances du vieillard idiot)
Pardon, mon père !
[...]
Je cherchais, non le tir banal où tout coup gagne,
Mais l'endroit plein de cris où les ânes, le flanc
Fatigué, déployaient ce long tube sanglant
[...]
Et puis ma mère,
Dont la chemise avait une senteur amère
Ma mère qui montait au lit
[...]ma mère, avec sa cuisse
De femme mûre, avec ses reins très gros où plisse
Le linge, me donna ces chaleurs que l'on tait !...
[...]
Ô pardon !
Je songeais à mon père parfois : [...]
— Car un père est troublant ! — [...]
Son genou, câlineur parfois ; son pantalon
Dont mon doigt désirait ouvrir la fente... — oh ! non !
[...]
La Sainte-Vierge et le crucifix...[...]
Puis ! — qu'il me soit permis de parler au Seigneur ! —
Pourquoi la puberté tardive et le malheur
Du gland tenace et trop consulté ?
[...] Pardonné ?... [...] Ô cette enfance !
— et tirons-nous la queue !

***
(Hypotyposes saturniennes, ex Belmontet.)
[...] Sur le volcan des nations ! [...]

***
(L'Idole - Sonnet du Trou du Cul)
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse
Pour s'aller perdre où la pente les appelait.

***
(Lys)
Ô balançoirs ! ô lys ! clysopompes d'argent !
[...]
L'aurore [...]
Une douceur de ciel beurre vos étamines !

***
(Les Lèvres closes - Vu à Rome)
Il est, à Rome, à la Sixtine,
Couverte d'emblèmes chrétiens,
Une cassette écarlatine
Où sèchent des nez [...]
De l'immondice [...]
Tous les matins, on introduit [...] schismatique [...] livide [...]

***
(Je préfère sans doute...)
[...]
Où des marronniers nains bourgeonne la baguette,
Vers la prairie étroite et communale, au mois
De mai. [...]

***
(Fête galante)
Rêveur, Scapin
Gratte un lapin
Sous sa capote.

Colombina,
— Que l'on pina ! —
— Do, mi, — tapote

L'œil du lapin
Qui tôt, tapin,
Est en ribote...

***
(J'occupais un wagon de troisième)
J'occupais un wagon de troisième ; un vieux prêtre
Sortit un brûle-gueule et mit à la fenêtre,
Vers les brises, son front très calme aux poils pâlis.
Puis ce chrétien, bravant les brocards impolis,
S'étant tourné, me fit la demande énergique
Et triste en même temps d'une petite chique
De caporal, — ayant été l'aumônier-chef
D'un rejeton royal condamné derechef ; —
Pour malaxer l'ennui d'un tunnel, sombre veine
Qui s'offre aux voyageurs, [...].

***
(État de siège ?)
La lune se bercer parmi la verte ouate,
Malgré l'édit et l'heure encore délicate,
Et que l'omnibus rentre à l'Odéon, impur
Le débauché glapit au carrefour obscur !

***
(Vieux de la vieille !)
Aux paysans de l'empereur !
À l'empereur des paysans !
Au fils de Mars,
Au glorieux 18 mars !
Où le ciel d'Eugénie a béni les entrailles !

***
(Hypotyposes saturniennes, ex Belmontet.)
Quel est donc ce mystère impénétrable et sombre ?
Pourquoi [...]
L'amour veut vivre aux dépens de sa sœur,
L'amitié vit aux dépens de son frère.

***
(Les anciens animaux...)
Au moyen âge pour la femelle, ange ou pource,
Il fallait un gaillard de solide grément :
[...]
D'ailleurs l'homme au plus fier mammifère est égal ;
L'énormité de leur membre à tort nous étonne ;
Mais une heure stérile a sonné : le cheval

Et le bœuf ont bridé leurs ardeurs, et personne
N'osera plus dresser son orgueil génital
Dans les bosquets ou grouille une enfance bouffonne.

***
(Nos fesses ne sont pas les leurs.)
Nos fesses ne sont pas les leurs.
[..]
Plus ferme, blême en bien des cas, il est pourvu
De méplats évidents que tapisse la claie
Des poils ; [...]

Wikipédia - Rimbaud (Album)
Arthur Rimbaud - Poèmes zutiques et para-zutiques

samedi 15 juin 2013

Avec moi dieu-le-chien : chanson de la semaine #121

Avec moi dieu-le-chien est un poème d'Antonin Artaud, tiré du recueil L'Ombilic des limbes (1925), mis en musique et interprété par Les Têtes Raides et son chanteur Christian Olivier.
Le nouvel album Corps de Mots (Tôt ou tard, 2013) est ainsi dédié aux textes de poètes, pour beaucoup écorchés ou maudits, du XIXe et du XXe siècle : Je voudrais pas crever de Boris Vian, Le Condamné à Mort de Jean Genet, On ne quitte pas son ami de Robert Desnos, et bien d'autres poèmes d 'Arthur Rimbaud, Lautréamont, Guillaume Apollinaire, Roland Dubillard, Raymond Queneau, Marina Tsvetaïeva, Philippe Soupault, sans oublier, en intrus ou en contrepoint, la reprise du Love Me Tender d'Elvis Presley.



Avec moi dieu-le-chien, et sa langue
qui comme un trait perce la croûte
de la double calotte en voûte
de la terre qui le démange.

Et voici le triangle d’eau
qui marche d’un pas de punaise,
mais qui sous la punaise en braise
se retourne en coup de couteau.

Sous les seins de la terre hideuse
dieu-la-chienne s’est retirée,
des seins de terre et d’eau gelée,
qui pourrissent sa langue creuse.

Et voici la vierge-au-marteau,
pour broyer les caves de terre
dont le crâne du chien stellaire
sent monter l’horrible niveau.

***

Antonin Artaud - Wikipédia -
Les Têtes Raides - Wikipédia -

vendredi 7 juin 2013

"Cançó de Na Ruixa Mantells" : la poésie chantée catalane #2

L' édition de juin des Vases communicants nous permet de poursuivre notre découverte de la poésie chantée catalane. Marta Bramon, bibliothécaire à la bibliothèque de Banyoles, et membre de l'équipe des Musictecaris nous présente ainsi une nouvelle chanson manquante du patrimoine culturel catalan :

"Cançó de Na Ruixa Mantells" est un poème de Miquel Costa i Llobera (1854-1922), mis en musique et interprété par Maria del Mar Bonet.


"Ruixa Mantells" est le nom d'une grotte sur le rivage de l'île de Majorque (Mallorca). Une ancienne croyance populaire rapporte qu'une sorcière vivait là, portant aussi le nom de "Ruixa Mantells". Elle ensorcelait les marins pour les emmener à leur perte. Si le poème original parle davantage de la sorcière, son adaptation en chanson par Maria del Mar Bonet s'attache particulièrement au tourment d'une femme de marin conduite à la folie et à la mort par la disparition de son amant.
Une belle chanson sur le thème du naufrage, une manière poétique et fantastique d'évoquer la mort des marins disparus en mer.

La vidéo présente un extrait du ballet "Jardí Tancat" (Jardin fermé) créé en 1983 par le chorégraphe espagnol Nacho Duato sur les musiques de Maria del Mar Bonet.



Cançó de Na Ruixa-mantells

Passant gemegosa, com fa la gavina,
qui volta riberes i torna a voltar,
anava la boja del Camp de Marina,
vorera del mar.

Descalça i coberta de roba esquinçada,
corria salvatge, botant pels esculls;
i encara era bella sa testa colrada,
la flor de sos ulls.


Color de mar fonda tenia a les nines,
corona se feia de lliris de mar,
i arreu enfilava cornets i petxines,
per fer-se'n collars.

Així tota sola, ran ran de les ones,
ja en temps de bonança, ja en temps de maror,
anava la trista cantant per estones
l'estranya cançó.

"La mar jo avorria, mes ja l'estim ara,
des que hi té l'estatge l'amor que em fugí.
No tenc en la terra ni pare ni mare,
mes ell és aquí!"

"La mar el volia, jamai assaciada
de vides, fortunes, tresors i vaixells;
i d'ell va fer presa dins forta ventada
Na Ruixa-mantells".

Un vespre d'oratge finí son desvari:
son cos a una cala sortí l'endemà;
i en platja arenosa, redós solitari,
qualcú l'enterrà.

No té ja sa tomba la creu d'olivera,
mes lliris de platja bé en té cada estiu,
i sols ja hi senyala sa petja lleugera
l'aucell fugitiu...

Cançó de Na Ruixa-mantells

Passant gémissante, comme fait la mouette, qui tourne allant et venant au rivage,
La folle du Camp de Marina,
Est venue sur la plage.

Les pieds nus et vêtue d’une robe en lambeaux,
elle courrait comme une sauvage, sautant aux travers des récifs,
Sa figure halée était encore belle,
avec une fleur dans ses yeux.

Le bleu profond de la mer avait la couleur de ses pupilles,
Elle portait une couronne de lys de mer,
Et ramassait des coquillages pour s’en faire des colliers.

Si seule, elle traversait les vagues,
Par beau temps comme par mauvaise marée,
Triste, et parfois chantant
cette étrange chanson :

“Je haissais la Mer, mais je la chéris à présent,
Car elle est la demeure de l’amant qui m’a fui.
Je n'ai pas dans les terres, ni père, ni mère
mais lui, il est là! "

"La mer l'a voulu, la mer veut toujours plus
de vies, de fortunes, de trésors et de navires;
et il a été emmené dans le vent fort
par Ruixa-mantells. "

Son délire s’acheva un soir de beau temps:
son corps apparu dans une crique le lendemain;
sur une plage de sable, dans un refuge solitaire,
quelqu'un l'a enterré.

Il n’y a plus de croix d’olivier sur sa tombe,
mais il s’y dépose des lys de mer chaque été,
et l'empreinte légère
de l'oiseau fugitif...

Références :

Miquel Costa i Llobera - Wikipédia - Catalan Literature Online
Maria del Mar Bonet - Wikipédia - Nacho Duato - Wikipédia - Le poème dans sa version complète -

samedi 1 juin 2013

Chanson d'une rouspéteuse : chanson de la semaine #120

Lisa LeBlanc est une jeune chanteuse canadienne française, née en 1990, elle est originaire de Rosaireville, de la province du Nouveau-Brunswick (appelée autrefois Acadie).

Sa chanson "Ma vie c'est d'la marde" est devenue l'un des hymnes des manifestants pendant la grève étudiante québécoise de mai 2012 (wikipédia), surnommée la Révolution des casseroles et le Printemps d'érable. Cette chanson lui a apporté une importante notoriété au Québec.

Chanson d'une rouspéteuse figure sur le premier disque de Lisa Leblanc, sorti en 2012 sur le label Bonsound / Tôt ou tard.



J'aime pas mon salon, c'est trop p'tit
J'aime pas mes voisins, ils font trop de bruit
J'aime pas c'qui passe à la TV
J'aime pas c'fille-là, a l'air d'une souris

Y fait frette dehors, trop chaud en dedans
Ça coûte trop cher le stationnement
Ou ben y'a pus d'ouvrage ou ben j'travaille trop
Pis ma chaise me donne mal au dos

J'boirais un verre, mais j'aime pas la bière
J'trouve les jeunes niaiseux avec leur cellulaire
Chus stressée, j'ai pas grand cash
J'haïs les chansonniers qui font des covers de Johnny Cash

Mon poisson est mort, mon toaster fini
Chus dans mes SPM*, attention à c'que tu me dis
J'aime pas les tounes* qui jouent à la radio
J'trouve que j'ai gagné un kilo de trop

J'haïs le gouvernement, pis j'ai pas de chum*
Pis les sites de rencontres, j'trouve pas ça l'fun
J'ai un p'tit mal de gorge pis j'tousse un p'tit peu
J'pense que j'vas mourir, m'a aller voir le docteur

J'haïs l'hiver, la slush*, la glace
J'haïs le printemps ça pue la vache
J'haïs l'été y'a trop de maringouins*
J'haïs l'automne parce que l'hiver s'en vient
J'haïs le gouvernement, pis j'ai pas de chum
Pis les sites de rencontres, j'trouve pas ça l'fun

J'haïs les chansonniers qui font des covers* de Johnny Cash

***

SPM = syndrome prémenstruel
tounes = tunes = airs, chansons
chum = copain, mec, jules
slush = neige à moitié fondue, gadoue
maringouins = moustiques
covers = reprises
chansonniers = chanteurs

Lisa LeBlanc - Wikipédia -

Revue de blogs, revue de presse - Mai 2013


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