dimanche 23 février 2014

RF8, la plateforme musicale de Radio France en bêta, premières impressions

Annonce du projet RF8 

En août dernier, lors de la conférence de rentrée, Jean-Luc Hees, président du groupe Radio France annonçait pour la fin de l'année 2013, le lancement d'une nouvelle plateforme d'écoute et de partage de musique en ligne, baptisée RF8. A la tête du projet, Joël Ronez, responsable des nouveaux médias de Radio France, et directeur de la radio le Mouv', poursuit l'objectif de faire de Radio France le média de référence pour les utilisateurs de smartphones. RF8 devait offrir notamment des sélections de huit titres, à écouter gratuitement en s'appuyant sur la discothèque numérique du groupe, soit 1,6 million de titres numérisés.

Blocages juridiques

Mais au mois de décembre, le projet reste bloqué pour des questions juridiques : deux sociétés civiles, la SCPP (Société civile des producteurs phonographiques) et la SPPF (Société Civile des Producteurs de Phonogrammes) refusent de négocier pour RF8 un accord sous le régime de la gestion collective. Leur crainte, voir le projet "cannibaliser le marché des compilations en permettant aux auditeurs de constituer leurs propres compilations de titres à streamer à partir des playlists proposées par Radio France et aussi de porter atteinte au modèle du stream par voie d’abonnement".


Lancement de la version bêta

C'est donc seulement la semaine dernière, mi-février, que RF8 a été lancé en version bêta sur invitation (http://www.rf8.fr/) . Un lancement restreint qui a notamment pour objet de recueillir les remarques des bêta-testeurs qui pourront également signaler les bugs via un bouton dédié.
Ayant été tiré au sort, nous voilà parmi les heureux élus, happy few possésseurs d'une invitation pour accéder au site en avant-première, ce qui va nous permettre de partager nos premières impressions.

Des playlists thématiques, une web radio, des programmes web interactifs

A la question "Qu’est-ce qu’on pourra trouver sur RF8" : on apprend que "c'est le site sur lequel [on va trouver] toute la musique sélectionnée avec soin par les programmateurs, les animateurs et les journalistes de Radio France. Dans des playlists thématiques, dans une webradio et dans de beaux programmes web interactifs. il y aura des nouveautés, des jeunes talents, des pépites oubliées et des grands classiques. Il y aura du rock et du jazz, du classique et de l'électro, des musiques venues d'ailleurs et des chansons françaises. Toutes les musiques et toutes les époques seront sur RF8.”

Regardons d'abord en détail ces 3 fonctionnalités :
La web radio RF8 (Le direct) n'est pas encore activée mais est annoncée pour bientôt

Les programmes web interactifs (Grands formats) sont au nombre de 3. Ce sont en fait des mini-sites avec un habillage graphique soigné dédiés à des artistes :
  • MC Solaar "Prose combat" histoire d'un classique ;
  • Peter Hook et l'histoire de Joy Division ;
  • Barbara Dane, le chant des partisans (biographie de la chanteuse folk blues jazz américaine, militante des droits civiques et pacifiste.
Ce bel enrobage rend assez perplexe : présenter du contenu multimédia et interactif  laisse une impression de déjà vu, depuis au moins le lancement du CD-I Phillips (1992).



Les playlists thématiques,

Là se trouve le coeur de RF8 : des sélections limitées à huit titres (durée de 20 à 40 minutes), sur le principe du site 8tracks. Aujourd'hui, il y a 36 playlists présentées sous forme de grilles sur 2 pages. On peut accéder directement au titre. Les sélections sont éditorialisées, détaillées, commentées par un texte court. Et le player est situé en bas de page.
Surprise : l'application ne s'appuie pas sur la discothèque numérisée de Radio France comme annoncé, mais la musique est streamée depuis Youtube ! Les playlists sont d'ailleurs toutes accessibles sur la chaîne Youtube de RF8.
Un bouton "exporter la musique" indique que ces playlists seront à terme également proposées sur Spotify et sur Deezer.
Il ne serait pas non plus étonnant que RF8 soit présente sur ces 2 plateformes de streaming sous la forme d'une application comme le font déjà d'autres médias (The Guardian, la radio KCRW, Rolling Stone...)



Bon point : RF8 évite l’écueil de la présentation par genres musicaux (chanson, pop, jazz, classique,...) pour au contraire proposer une approche transversale et décloisonnée. Les playlists sont composées autour :
  • d'un thème : le chien, la couleur bleue, le mensonge, la rupture, l'Ouest, la mode,
  • d'un artiste : le photogrpahe David Lachapelle, le cinéaste Jonathan Caouette, Andy Warhol,
  • de phénomènes pop du moment Fauve, London Grammar, Temples,
  • d'entretiens avec des chanteurs et des musiciens : André Ceccarelli, Albin de la Simone,
 Ces playlists sont composées par les programmateurs, les animateurs et les journalistes des différentes émissions des chaînes du groupe :
  • Le Mouv'
  • Radio Bleu
  • France Inter : Radio Vinyle, l'Afrique enchantée, Addictions, On va tous y passer, On parle musique, ...
  • France Info : avec Bertrand Dicale
  • France Culture : L'atelier du son, Pas la peine de crier, Chanson Boum, L'atelier intérieur
  • Fip : sélections de janvier

Un webzine chic au spectre musical "bien tempéré" pour une audience Radio France

Si RF8 fait preuve par ses sélections d'un bel éclectisme musical , qu'elle se démaque nettement de la programmation commerciale à forte rotation des stations FM privées (NRJ, Skyrock, Fun Radio) , on remarque cependant que ses playlists, souvent smooth et policées, sont calibrées pour ne pas trop heurter les oreilles de l'auditeur. RF8 est la 8e radio du groupe Radio France dont les stations ciblent un public d'âge mûr (âge moyen 45-50 ans), assez diplômé, et ayant plutôt une bonne position socioprofessionnelle (voir l'étude sur la stratification générationnelle de la radio en France).

"Le nouveau site de toutes les musiques" ? Non.

Pour convenir à son audience définie plus haute, RF8 met en avant des esthétiques musicales dans une ligne éditoriale "Inrocks-Libé-Télérama". De nombreux styles et genres musicaux brillent ainsi par leur absence :
  • la diversité des musiques amplifiées : metal, punk, hardcore, indus, electro, techno, dubstep, hip-hop, dance, ...
  • les musiques traditionnelles, l'ethnomusicologie,
  • les musiques ancienne, baroque, classique, romantique, moderne, contemporaine (absence étonnante de contenus en provenance de France Musique),
  • le jazz contemporain, les musiques libres, improvisées, expérimentales,
  • la chanson francophone peu ou pas médiatisée (pourtant présentée dans l’émission “Chanson boum”),
  • les musiques de film, les musiques de jeux vidéo,
  • la musique pour enfants,
  • le field recording, la création sonore, la musique concrète

Recommander par le prisme du divertissement

Chic et attrayante, adoptant un ton vif et léger, RF8 semble placer son objectif de prescription sous la bannière du divertissement et adopter la stratégie de Jay Frank évoquée dans un post précédent sur la recommandation musicale : "Pour améliorer cela, je voudrais qu'on abandonne la notion de découverte musicale et faire du divertissement le cœur de l’expérience à proposer, avec la découverte comme corollaire secondaire. Pandora fonctionne d’abord comme une radio, mais vous pouvez découvrir de la musique au cours de votre écoute. Les blogs populaires adoptent une même approche de divertissement, ils parlent à leur lectorat d’artistes que celui-ci connaît déjà, et entraîne celui-lui doucement vers quelque chose de nouveau. Plus un service se concentre sur l’objectif de divertir son public avec la musique, plus la musique qui fera découvrir aura de la valeur. Cette part de découverte peut être délibérément intégrée dans le process, mais l'utilisateur ne doit pas en être conscient."

En conclusion

Agréable à parcourir, plaisante à lire et à écouter, compatible avec les grands sites de streaming (Youtube, Spotify, Deezer), RF8 propose une offre de prescription attractive mais encore trop modeste en contenus. Version bêta oblige.

Sources et références

Radio France lance RF8, un site d'écoute et de partage de musique  - L'Express
Retard à l’allumage pour la plate-forme musicale de Radio France - Les échos
 La SPPF dit non à RF8, mais lui tend la main aussi  - Electron libre
La stratification générationnelle de la radio en France (p. 12)

mercredi 12 février 2014

Playlist février 2014 : neuf albums à découvrir sans attendre



Une sélection curieuse de l'actualité musicale, pour partager quelques recommandations, et aborder l'univers d'artistes d'aujourd'hui en leur accordant une écoute attentive, dans l'abondance des sorties du moment.






Morgan Delt
"Doug Tuttle" (Trouble In Mind Records, 2014)
La pochette représentant un mandala annonce la couleur : voyage astral, acid rock, et trip psychédélique sont au programme. Le musicien lo-fi californien Morgan Delt rend hommage aux pionniers du rock planant (Pink Floyd, Can) et aux avant-gardes électroniques des années 60 (Delia Derbyshire/White Noise, Pierre Henry). Hallucinatoire et de très bonne facture. 
(rock psychédélique)



Dumbo gets Mad
"Quantum Leap" (Bad Panda Records, 2013)
Dumbo Gets Mad est un duo formé par deux artistes italiens : Lucas Dumbini (chant, guitare), Carlotta Menozzi (chant, claviers), installés à Los Angeles depuis 2010. Ils se font accompagner sur scène par Andrea Scarfone (basse) et Lorenzo Rotteglia (batterie). Leur premier album Elephants at the Door (2011) est proposé sous Creative Commons en libre téléchargement sur Free Music Archive. Qualifier Quantum leap de pop psychédélique est bien trop réducteur, tant l'album est traversé d'influences et fuse d'inspirations étranges et sorties d'on ne sait où : easy-listening, dance rock, collages sonores, soul, punk, etc. Cet excellent album est disponible en téléchargement, le CD peut être commandé sur le site du label Bad Panda Records.  
(pop lo-fi expérimentale)



Hospitality
"Trouble" (Merge, 2014)
Une pochette bleue pale et grise striée de rayures noires, un titre d'album anti-marketing : Trouble (qu'on peut traduire au choix par difficulté, peine, ennui, problème, dérangement, angoisse), un premier titre fébrile et tendu (Nightingale), Hospitality semble ignorer les règles de la séduction dans la nouvelle économie de l'attention. Ce trio, formé à Brooklyn en 2007 est consisté de la chanteuse, guitariste et songwriter Amber Papini, du bassiste Brian Betancourt, et du batteur Nathan Michel. Michel qui est docteur (PhD) en composition musicale, diplômé de l'Université de Princeton, est également connu pour ses albums de musique électronique expérimentale sur le label Tigerbeat6 (le label de Kid 606). Il est également à la production avec l'ingénieur du son Matt Boynton. Le résultat est un album sombre, introspectif et tourmenté, avec de belles nuances de gris, que l'on ne trouvera jamais en tête de gondole.
(pop )



White Denim
"Corsicana limonade" (Donwtown Records, 2013)
White Denim est un groupe formé en 2006 à Austin, Texas par 4 musiciens : James Petralli (chant, guitare), Joshua Block (batterie), Steven Terebecki (basse), Austin Jenkins (guitare). White Denim reprend le classic rock 70's là où les Allman BrothersSteely Dan et Chicago l'avaient laissé. Leurs compositions à dominante blues rock utilisent des structures complexes, et s'offrent des échappées vers d'autres styles : hard rock, West Coast soft rock, jazz fusion, progressif, soul, country. La maîtrise et la cohésion de l'ensemble ne laissent aucun doute sur la virtuosité des musiciens et leur plaisir de jouer. Un plaisir communicatif d'autant plus que l'album est impeccablement produit en collaboration avec Jim Vollentine (Spoon, White Rabbits). 
(blues rock fusion)



Doug Paisley
"Strong Feelings" (No Quarter, 2014)
L'Amérique du Nord a toujours été prodigue en artistes country folk. Alors pourquoi s'intéresser en particulier à Doug Paisley ? Certainement pour son naturel et la simplicité de son style, sans la pose de lonesome cowboy blasé, ou l'attitude travaillée de loser redneck. Sa musique et sa voix sonnent juste, on entend un artiste dans la lignée de JJ Cale et de Daniel Lanois. Des ballades sobrement chantées. Doug Paisley est un chanteur canadien originaire de Toronto. Il a partagé les tournées de Bonnie Prince Billy. Strong feelings (émotions fortes) est son 3ème album sur le label No Quarter.
(country folk)



Lanterns On The Lake
"Until the Colours Run " (Bella Union, 2013)
Formé à Newcastle en 2008, Lanterns On The Lake réunit la chanteuse et guitariste Hazel Wilde, Paul Gregory (guitare, électronique), Sarah Kemp (violon), Oliver Ketteringham (batterie). Leur style à la fois lyrique et doux-amer combile l'heavently voices (voix célestes à la Cocteau Twins) avec un rock à guitare noisy, post-rock et  shoegaze (My Bloody Valentine).
(dream pop shoegaze)



Allah-Las
"Allah-Las" (Innovative Leisure, 2012)
Dans le catégorie très tendance du revival garage psyché, il y a White Fence et Ty Segall, dont on a déjà parlé, et bien voici les Allah-Las. Tous les codes du rock des années 60 sont repris : réverbération, rythmiques sèches, guitares acides avec effet flanger, tambourin, choeurs. Allah-Las est un quatuor de Los Angeles composé de Miles Michaud (chant, guitare), Pedrum Siadatian (guitare, choeur), bassist/vocalist Spencer Dunham (basse, choeur), Matthew Correia (batterie, choeur). Trois des membres du groupe travaillaient chez Amoeba, une mythique chaîne californienne de magasins de disques. Là, on imagine qu'ils ont eu tout loisir d'analyser les sons et les structures des chansons en vogue pendant les sixties, du style West Coast (Byrds, Grateful Dead, Jefferson Airplane, Big Brother and the Holding Company...), à la British Invasion (Beatles, Rolling Stones, Who, Animals, Kinks),. Et si ça ne suffisait pas niveau contrôle qualité, l'album est produit par Nick Waterhouse, pour sa part érudit et passionné de blues et de R&B.
(revival rock garage psyché )



The Drones
"I See Seaweed" (Autoproduction, 2013)
The Drones sont un groupe australien originaire de Melbourne formé en 1997. Les 5 membres sont Gareth Liddiard (chanteur, guitariste), Fiona Kitschin (bassiste), Dan Luscombe (guitariste solo), Steve Hesketh (clavier) et Michael Noga (batteur). Ecouter I See Seaweed, est un peu comme partir en voyage au cœur des ténèbres. Le chant écorché vif et déclamatoire de Gareth Liddiard n'est pas sans rappeler celui de Peter Hammill dans la sombre discographie de Van der Graaf Generator.
(dark rock)



The Besnard Lakes
"Until in Excess..." (Jagjaguwar, 2013)
The Besnard Lakes sont originaires de Montréal, comme Arcade Fire. Le groupe, signé par le label Jagjaguwar (FoxygenBon IverUnknown Mortal OrchestraWomen) a été formé en 2003 par le couple Jace Lasek / Olga Goreas, qui écrivent et composent les chansons.  
(dream pop shoegaze)

mardi 4 février 2014

Revue de presse, revue de blogs : janvier 2014


Of Montreal - She Ain't Speakin' Now



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