mercredi 5 septembre 2007

David Lynch et la musique

La rétrospective des films de Stanley Kubrick et de David Lynch proposée par le département Arts de la Médiathèque de Dole nous a donné l'occasion de rappeler le fort attachement de Stanley Kubrick à la musique. Continuons l'exercice, en explorant l'univers sonore et musical de David Lynch.

Catching the big fish
Que peuvent avoir en commun Stanley Kubrick et David Lynch ?
D’abord, une estime et une admiration mutuelle dont ils ont témoigné à plusieurs reprises lors d'interviews. Ensuite leur constance. Malgré la variété des sujets et des genres qu’ils ont abordé, Stanley Kubrick et David Lynch ont construit, au fil de leur filmographie, un univers cohérent jusqu’à l’obsession - cf. les affiches des films de S. Kubrick- , tissé de multiples correspondances, où affleurent les mêmes leitmotivs : le désir, la violence et la peine, l'espace-temps et... la folie.
Enfin, il ya ce lien étonnant passant par Chris Isaak (Wild at Heat, Twin Peaks / Wide Eyes Shut) et par le compositeur polonais Krzysztof Penderecki (Wild at Heart, Inland Empire / The shining)
Cependant l’appréhension par David Lynch de la musique dans le rapport à l’image est sensiblement différente de celle de Stanley Kubrick. Là où Kubrick utilisait la musique à la manière d'un ready-made, David Lynch, dès son 4ème long métrage, s'implique dans la composition jusqu'à l'élaboration d'une oeuvre musicale à part entière "Industrial Symphony No. 1: The Dream of the Broken Hearted (1990)".

1976 : Labyrinth man [Eraserhead] : Sans doute, un des films les plus déprimants jamais réalisés, l'antipode du film de dimanche soir ! La bande son installe une ambiance oppressante avec des bruits industriels stressants. Sont crédités au générique : la chanson écrite par Peter Ivers "In Heaven (Lady in the radiator song)" et interprétée par Laurel Near (vous avez dit bizarre ? Brrr !), véritable matrice d'un style en devenir, cette scène quasi-primitive va traverser l'oeuvre lynchéenne. Egalement sur la bande son, quatre titres Digah`s Stomp, Lenox Avenue Blues, Stompin` The Bug, Messin` Around With The Blues du génial pianiste-chanteur de jazz boogie Fats Waller.

1980 : The Elephant Man : Musique originale de John Morris (le compositeur attitré de Mel Brooks pour lequel il a signé quasiment toutes les partitions : Les Produteurs, Frankenstein Junior, La dernière folie de Mel Brooks, Sacré Robin des Bois, Spaceballs (parodie de Starwars), etc.

1984 : Dune : Le thème symphonique de Prophecy est signée Brian Eno, les autres titres par le groupe Toto. Participation de Sting dans le rôle de Feyd Rautha du clan Harkonnen. La phrase "the sleeper must awaken" (le dormeur doit se réveiller) inspirera un tube Eurodance en 1991.

1986 : Blue Velvet : Avec ce film, David Lynch trouve son identité musicale en rencontrant le compositeur Angelo Badalamenti. Leur style : De grandes nappes atmosphériques d’orgue ou de synthétiseur en accord mineur (l’influence de Vangelis ?), quelques notes de piano ou de guitare et la voix éthérée "in-heaven-everything-is-fine" de Julee Cruise. L'inspiration vient du gothique new wave : Siouxie and the Banshees et d' Elisabeth Fraser, des Cocteau Twins). David Lynch co-signe certains titres dont "Mysteries of love", chanté par Julee Cruise. Autres crédits : Roy Orbison : "In dreams", Ketty Lester "Love letters" et bien sûr Bobby Vinton "Blue velvet".

1990-1991 : Twin Peaks : série TV de 30 épisodes. La musique du générique fonctionne comme une madeleine de Proust. Musique de Angelo Badalamenti. Paroles de David Lynch. Chant de Julee Cruise dont "Fallin".

1990 : Sailor et Lula [Wild at Heart]. Un road-movie, l'histoire d'un couple en cavale joué par Nicolas Cage (en costume peau de serpent) et Laura Dern. Sur cette bande son, peu de titres sont signés Angelo Badalamenti ou David Lynch, il s'agit d'avantage d'une anthologie de titres de rock n' roll, de jazz et de classique : "Slaughter House" par le groupe de métal Powermad. "In The Mood" de Glenn Miller. "First Movement" par Duke Ellington et Ray Brown. "Up In Flames" écrit par David Lynch et Angelo Badalamenti. "Love Me Tender", chanson d’Elvis Presley, chantée par Nicolas Cage. "Im Abendrot" lied composé par Richard Strauss, chanté par Jessye Norman. "Baby Please Don't Go" par le groupe Them. "Be-Bop-A-Lu-La" par Gene Vincent. "Kosmogonia" de Krzysztof Penderecki. "Blue Spanish Sky", “In The Heat Of The Jungle", "Wicked Game" par Chris Isaak.

1992 : Twin Peaks, Fire walk with Me. Dans ce film, produit par Francis Bouygues, c'est le chanteur Chris Isaac qui tiend le premier rôle de l'agent Chester Desmond, également dans le casting, David Bowie dans un rôle de policier. La musique est composée parAngelo Badalamenti. "Sycamore Trees" est chanté par Jimmy Scott. Questions In A World Of Blue" est chanté par Julee Cruise.

1997 : Lost Highway : une très libre variation sur l'Affaire O. J. Simpson, un fait divers qui passionna l'Amérique au milieu des années 90. L'histoire de Fred (Bill Pullman) saxophoniste de jazz accusé du meutre de sa femme (Rosanna Arquette).
Attention chef d'oeuvre !!!
: sans doute l'une des plus belles tracklist jamais réalisée : à côté des 7 titres signés Angelo Badalamenti se trouvent réunis des univers musicaux habituellement très éloignés : le rock, le métal industriel, l' easy listening et la bossa nova avec : Im Deranged (sic!) par David Bowie. Videodrones. Questions par Trent Reznor. The Perfect Drug par Nine Inch Nails. Red Bats.Eye par The Smashing Pumpkins. Mr. Eddys Theme 1 par Barry Adamson. This Magic Moment par Lou Reed. Mr. Eddys Theme 2 par Barry Adamson. Apple Of Sodom par Marilyn Manson. Insensatez par Antonio Carlos Jobim. Something Wicked This Way Comes par Barry Adamson. I Put A Spell On You par Marilyn Manson. Rammstein par Rammstein. Hollywood Sunset par Barry Adamson. Hierate Mich par Rammstein. Driver Down par Trent Reznor.
Rappelons aussi l'apparition de Marilyn Manson vers la fin du film.

1999 : Une histoire vraie [The Straight Story]. Musique composée, orchestrée et dirigée par Angelo Badamamenti. Le CD porte au verso la mention : "Tenderness can be just as abstract as insanity"-David Lynch.

2001 : Mulholland Drive. La majorité des titres ont été composés par Angelo Badalamenti. 4 titres ont été écrits ou co-écrit par Lynch avec John Neff. "The beast" interprétée par l'organiste de jazz Milt Buckner. (On entend beaucoup l'orgue chez Lynch). "Bring it on home" interprétée par le bluesman Willie Dixon. "I've told every little star", une chanson pop sucrée des années 60 chantée par Linda Scott. "Llorando", une chanson de Roy Orbison, chantée en espagnol par Rebekah Del Rio.

2007 : Inland Empire : David Lynch résume ainsi son film "A woman in trouble". On pourrait même préciser : "Nikki (Laura Dern) au pays de la schizophrénie". Le ton est donné. (Pour se détendre, il est donc préférable de louer plutôt "Les bronzés 3" ou "Taxi 4"). L'intrigue ayant un lien avec la Pologne explique en partie l'importance des oeuvres de Krzysztof Penderecki dans Inland Empire : "Fluorescenes For Orchestra", "De Natura Sonoris I & II" "Polymorphia", "Als Jakob Erwachte" "Anaklasis Für Streicher Und Schlagzeug" et d'un autre compositeur polonais Witold Lutoslawski avec "Novelette". De nombreux titres ont été composés et certains interprétés par David Lynch. Egalement sur la bande-son un détour obligé par la pop sucrée avec "The Loco-Motion" chantée par Little Eva, du jazz avec "Three To Get Ready And Four To Go" par The Dave Brubeck Quartet, et du rhythm and blues "At Last"chanté par Etta James et "Sinnerman" de/par Nina Simone (on reconnaîtra au passage un loop de piano archi samplé dans le hip-hop) pour un final en ballet.
La pointe d'une aiguille courant sur un disque noir, telle est la première image d'Inland Empire.


Montage présentant les actrices de Lynch sur la musique de Barry Adamson "Something Wicked This Way Comes" (B.O. Lost Highway)

4 commentaires:

MCA a dit…

Chèrs collègues,
Je vous felicite par votre blogue et je vou prèsente le mien Paper Music. C'est un blogue en portugais avec beaucoup de liaisons internationales intéressantes pour les bibliothécaires et archivistes de musique.
Je vous invite, aussi, a visiter (et participer) de la network Paper Music, une résaux internationale de bibliothécaires et archivistes de musique et de tout les personnes que travaillent avec le patrimoine musical.
J'attends votre visite.

Les bibliothécaires musicaux a dit…

Bonjour chère Maria Clara pour ce gentil mot en français. Nous sommes ravis d'entrer en contact avec une collègue bibliothécaire portugaise aussi sympathique. Merci également de nous signaler ce réseau international de bibliothécaires musicaux, on va s'y inscrire. A bientôt. Nicolas

Cara Maria Clara Obrigado muito, c'est muito agradável. Realmente deleitamo-nos de encontrar um colega bibliotecário português também sympatique. Obrigado igualmente assinalar-nos esta rede internacional de bibliotecários musicais, somos decidir a aderir. A cedo
(nous ne sommes hélas pas lusophones, on s'est aidé d'un traducteur automatique !)

MCA a dit…

Très bien, très bien... pour un traducteur automatique :-)

souscrire mutuelle a dit…

je ne savais pas que lynch et kubrik partageait une amitié mutuelle

Angélique

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