mardi 20 novembre 2007

Paul Otlet (1868-1944) : bibliographe belge, pacifiste et précurseur du web : vidéo de la semaine #26

« Offrir à tous la possibilité d’accéder à l’information, où qu’elle soit, sans élitisme intellectuel, technologique ou social » Paul Otlet

Héritier du positivisme du XIXe siècle, Paul Otlet eu l’ambition d’appréhender et de réunir la totalité du savoir humain en l’englobant dans la structure de sa Classification Décimale Universelle. Infatigeable initiateur de projets, il créa un nombre à peine croyable d’associations et d’institutions en faveur de la paix, de l'entente des peuples, et du partage de la connaissance à l’échelle mondiale, s'acharnant jusqu’à la déraison à la construction d’un projet appelé Mundoneum. Paul Otlet restera pour les bibliothécaires et les documentalistes, ce que Citizen Kane, le personnage titre du film d'Orson Welles, incarne pour les journalistes et les patrons de presse, un perdant magnifique, génial et visionnaire, mais s'isolant progressivement dans ses rêves de démesure.


1868 : Naissance à Bruxelles de Paul Otlet, son père, un financier a fait fortune dans les tramways.

1888 : Paul Otlet écrit L’Afrique aux Noirs. Un ouvrage plaidant pour la décolonisation.

Paul Otlet fait des études dans des institutions religieuses, au collège Saint-Michel à Bruxelles, à l'Université Catholique de Louvain, puis laïques, à l'Université Libre de Bruxelles, puis fait son droit à Paris.

1890 : Titulaire d'un doctorat en droit.

1892 : Essai sur la théorie bibliographique, c'est son premier essai sur les sciences de l’information et de la documentation. La même année, il rencontre Henri La Fontaine, (futur prix Nobel de la paix en 1913), ami et associé avec lequel il se lancera dans de nombreux projets.
1895 : Création de l’Office international de bibliographie qui a pour but de réaliser un Répertoire Bibliographique Universelle (RBU). L’idée est de réunir l’intégralité du savoir humain en répertoriant sur des fiches tous les ouvrages du monde présent et passé. Ce catalogue, à l’ambition universelle se sera enrichi sur plusieurs décennies et comptera à son apogée près 17 millions d’entrées (soit des kilomètres linéaires de fichiers !) Mais cette vision finie du monde et de la connaissance, ce rêve d’un accomplissement total et parfait était par nature irréalisable. L’échec d’une telle entreprise sera précipité par l’exponentielle production éditoriale que va connaître le XXe siècle. Un tel suivi bibliographique se révélera également impossible en raison des moyens techniques limités de l’époque où le catalogage et l’indexation s’effectuaient avec des fichiers manuels.

1905 Première édition de la Classification décimale universelle (CDU) adaptée de la classification américaine inventée par Melvin Dewey (CDD). Pour Paul Otlet « Classer est la plus haute opération de l’esprit ». Georges Pérec l'évoque dans Penser / Classer

1906 : ouverture du Musée du Livre. Invention par Paul Otlet et Robert Goldschmidt de la microfiche normalisée pour gérer la documentation.

1907 : ouverture du Musée de la Presse. Son objet est de recueillir un spécimen de chaque journal paru dans le monde. Il comptera jusqu’à 200 000 spécimens.

1914 : il publie son "Traité de paix générale" qui décrit les modalités pour organiser la confédération des états pour garantir la paix du monde qui servit plutard de modèle à la Société des Nations

1919-1920 : Ouverture du Palais Mondial grâce au soutien du gouvernement belge, dans une aile du Palais du cinquantenaire. Ce centre scientifique documentaire, éducatif et social sera par la suite appelé Mundaneum.
Dans cet élan d’exaltation messianique, il dessine avec Le Corbusier les plans d’une Cité mondiale, un projet d’urbanisme totalement utopiste qui ne sera jamais réalisé.

1934 : le Traité de Documentation : le livre sur le livre : théorie et pratique, le livre restera comme un ouvrage de référence, réédité en 1989, il est aujourd'hui épuisé. Extraits :
"La table de travail ne serait plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements… De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la réponse aux questions posées par téléphone, avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut parleur si la vue devait être aidée par une donnée ouïe, si la vision devait être complétée par une audition. Utopie aujourd’hui, parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait bien devenir la réalité pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation. Et ce perfectionnement pourrait aller jusqu’à rendre automatique l’appel des documents sur l’écran, automatique aussi la projection consécutive…"
Comment ne pas voir par cette déclaration, une préfiguration d’une circulation de l’information textuelle, audio-visuelle telle que la propose aujourd’hui l’Internet.

"Le travail de documentation se présente sous un triple aspect : il importe tout d'abord de collectionner et de classer méthodiquement tous les titres de ce qui a été écrit et publié dans les différents pays et aux diverses époques ; puis, l'ouvre s'élargissant, il y a lieu de réduire en leurs éléments toutes les publications et tous les écrits et de les redistribuer pour en former des dossiers conçus comme les chapitres et les paragraphes d'un unique livre universel ; enfin, devant l'abondance des documents, le besoin s'impose de les résumer et d'en coordonner les matériaux en une Encyclopédie universelle et perpétuelle. Une telle encyclopédie, monument élevé à la pensée humaine et matérialisation graphique de toutes les sciences et de tous les arts est l'étape ultime. Elle aurait en fait pour collaborateurs tous les penseurs de tous les temps et de tous les pays ; elle serait la somme totale de l'effort intellectuel des siècles... "
Préfiguration d’une encyclopédie collaborative, sur un modèle similaire à celui de Wikipedia.

Si les écrits de Paul Otlet marqueront l’histoire de l'information et de la documentation, les grands chantiers qu’il aura initié seront des échecs, par un excès d'ambition et un manque de moyen, tel le Mundaneum qui ferme ses portes en 1934 après de longues années de décrépitude.

1944 : Mort de Paul Otlet. Sur sa tombe est gravé : "Il ne fut rien, sinon Mundaneum"

Paul Otlet : Traité de documentation, une préfiguration de l'Internet

La biographie de Paul Otlet (1989), un film de Alle Kennis van de Wereld (23 minutes)


Le biographe W. Boyd Rayward visite les lieux de la mémoire de Paul Otlet, entre Bruxelles et Mons. Le film, en partie en français et en partie en anglais a été réalisé par une équipe néerlandaise.
Source Internet Archive : http://www.archive.org/details/paulotlet (vidéo open source)


Sources et ressources :

Film : Françoise Levie. L'Homme qui voulait classer le Monde, la vie de Paul Otlet en DVD - durée 60 minutes, Version française, anglaise ou néerlandaise. Memento Production, 2006

Livre : Françoise Levie. L'homme qui voulait classer le monde. Paul Otlet et le Mundaneum, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2006

Site : le Musée du Mundoneum à Mons (Belgique): Les archives parcellaires et collections subsitantes y ont été rassemblées pour y être présentées

Dossier pédagogique : Marie-France Blanquet, Paul OTLET : Père de la Documentation

3 commentaires:

Bruno Richardot a dit…

Bravo pour cette page sur le père de la documentation !
Juste une petite question : qu'est-ce qui vous fait dire qu'OTLET est l'héritier du positivisme du XIXe siècle ?
Merci de votre réponse.

Bruno Richardot

Musictecaris a dit…

Felicitats de veritat, és un article fantàstic, inspirador, enriquidor i molt suggerent.

Mediamus forever! :-)

Fonti a dit…

Felicitats per aquest article formidable. Mediamus forever! :-)

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