26 mai 2008

Steal this film II : la version sous-titrée en français

Volez ce film (... en plus il est offert)
En début d'année, nous avions déjà présenté les deux volets de Steal this film, ce film réalisé par The League of Noble Peers, sympathisants à la cause du site suédois The Pirate Bay. A l'époque, il n'était proposé que dans une version sous-titrée en anglais. Il est à présent consultable en version sous-titrée en français sur la plateforme Vimeo. Ce film prolonge le débat sur le droit d'auteur et la culture alternative du partage de fichiers en développant les arguments des utilisateurs de Peer-to-Peer sous la forme d'un plaidoyer parfois tendancieux mais toujours conséquent.


Information donnée sur Le Blog à Ollie, et reprise par Les Catalyseurs Numériques

La piraterie intellectuelle, ferment de la circulation des idées
Les bibliothécaires et les amateurs de livres anciens seront particulièrement sensibles à un passage du film pendant lequel des historiens du livre replacent le phénomène de contrefaçon des oeuvres dans le contexte de la France de l'ancien régime, entre les 15ème et 18ème siècle, en insistant sur son rôle d'émancipation intellectuelle.

Extrait (de la 6ème à la 13 minute) de la traduction que nous avions réalisée il y a quelques mois :
"[...] Le monde aime voir l'ère numérique contemporaine comme une sorte de phénomène unique, séparé de ce qui l'a précédé. Mais il faut bien se souvenir que ça ne l'est pas. Ce n'est pas un phénomène séparé. Il faut le voir comme un moment où les choses s'accélèrent, mais ces choses qui ont déjà eu lieu dans le passé. Avant l'arrivée de la presse dans l'Europe du 16e siècle, l'information était limitée et assez facile à contrôler.
Pendant des milliers d'années, la culture des scribes choisissait les personnes qui avaient le code pour transmettre les connaissances à travers le temps et l'espace. Nous avions à faire à une économie basée sur la rareté.
Le public d'alors était affamé de livres. Il y a des images du 16e siècle montrant des livres enchaînés, surveillés des gardes armés, protégés par des portes blindées.
L'imprimerie amena avec elle une abondance d'informations menaçant le contrôle sur les idées qui était possible grâce à la rareté.
Daniel Defoe nous parle de Johann Fust, partenaire de Gutenberg, arrivant à Paris au 15e siècle avec un chargement de bibles. Lorsque les bibles furent examinées et la similitude exacte de chaque livre découverte, les Parisiens se ruèrent sur Fust l'accusant de magie noire. S'apprêtant à tout bouleverser, cette nouvelle technologie de communication était vue comme étant l’œuvre du diable.
Toute les villes et états européens annoncèrent haut et fort qu'ils allaient contrôler l'information le plus possible. Les imprimeurs furent chassés s'ils imprimaient les textes interdits. On parle de la persécution d'auteurs mais c'était vraiment les imprimeurs qui ont le plus souffert. Au fur et à mesure que l'imprimerie se développe en Europe et en Amérique son rôle social crucial devient clair. L'imprimerie est associée à la rébellion et l'émancipation.
Au 17e siècle, le gouverneur de la Virginie, Gouverneur Berkeley écrit à ses supérieurs en Angleterre disant: "
Remercions Dieu que nous n'aillons pas de presses en Virginie, et nous n'en n'aurons jamais tant que je serai gouverneur". C'était un réaction à la guerre civile anglaise et à la guerre des pamphlets, on appelait ceux-ci des balles de papier.
Au 18e siècle en France, l'idée de base de la censure était que c'était un privilège, une loi privée. Une maison d'édition avait le droit d'éditer un certain texte, en d'autres mots de nier ce droit aux autres pour être le seul à détenir ce privilège.
Ce que vous avez, c'est une administration centralisée pour contrôler l'industrie du livre, utilisant la censure et utilisant le monopole des éditeurs établis. Ils s'assuraient que les livres qui circulaient dans la société étaient autorisés, étaient les éditions autorisées, mais aussi sous le contrôle de l'état et celui du Roi ou du Prince. Il y avait un système de censure très élaboré mais en plus, il y avait un monopole de la production dans la guilde des libraires de Paris qui avait pouvoir de police. La police elle même avait des inspecteurs spécialisés dans l'industrie du livre. Si vous mettez tout ça ensemble l'état était très puissant lorsque venait le temps de contrôler les textes imprimés.
Non seulement tous ces contrôles furent incapables d'empêcher la distribution de pensées révolutionnaires, mais son existence même inspira la création de nouveaux systèmes de distribution pirate.
Ce qui est clair, c'est qu'au 18e siècle la puissance de l'imprimerie se répand partout. Il y a des maisons d'édition, des presses qui entourent la France avec ce que j'appelle un "
croissant fertile" des douzaines et des douzaines d'entre-elles produisent des livres qui passent les frontières en contrebande diffusant partout dans le royaume à travers un système clandestin de distribution.
On connaît un cas d'un éditeur des Pays-Bas qui prenait la liste des livres mis à l'index et l'utilisait comme programme de publication parce qu'il savait que ces livres allaient bien se vendre. Les pirates avaient des agents à Paris et partout ailleurs qui leur envoyaient des listes de nouveaux livres qu'ils pensaient allaient bien se vendre. Les pirates faisaient systématiquement, et j'utilise le mot bien que ce soit un anachronisme, de "la recherche de marché". Ils le font, je l'ai vu dans des centaines, des milliers de lettres. Ils sondent le marché. Ils veulent savoir ce qui est en demande.
Et la réaction de la part des éditeurs sur le territoire français est bien entendu, extrêmement hostile. Et j'ai lu plusieurs de leur lettres. Elles sont remplies d'expression telles que "boucaniers" ou "personnes sans honte, ni moralité". Mais en fait, plusieurs de ces pirates étaient de bons bourgeois, bien établis à Lausanne, à Genève, ou à Amsterdam et qui se voyaient simplement comme des hommes d'affaires. Après tout, il n'y avait pas d'accords internationaux sur les droit d'auteurs et ils satisfaisaient à la demande.
Certains imprimeurs avaient des activités clandestines. S'ils imprimaient du matériel subversif ils pouvaient cacher leur presse assez vite. Si on avait des problèmes avec les autorités, on les mettait sur des radeaux pour les amener dans une autre ville. C'était très mobile.
En effet, vous aviez deux systèmes en guerre l'un contre l'autre.
Et c'est ce système de production à l'extérieur de la France qui est crucial pour le Siècle des Lumières. Ce nouveau réseau d'informations éclaira le monde et prépara le chemin pour la Révolution. Il compromettra tellement l'ancien régime que ce pouvoir, celui de l'opinion publique deviendra une des causes principales de la chute du gouvernement en 1787-1788. La Bastille à Paris était une prison pour les pirates. Mais dans les années qui précédaient la Révolution, les autorités avaient abandonné l'idée d'emprisonner les pirates. La circulation des idées et de l'information était trop forte pour être arrêtée.
[…] "
Eclairant parallèle, n'est-il pas ?

source : http://www.stealthisfilm.com/Part2/