lundi 5 octobre 2009

Alexandre Scriabine : "Vers la flamme" op. 72

"le feu, les flammes cosmiques étaient des vibrations, semblables à celles des sons et des couleurs, destinées à se rencontrer, à se fondre dans l'embrasement final de l'univers"
Alexandre Scriabine, cité par Manfred Kelkel, Alexandre Scriabine, Fayard, 1999

"Cette géographie des abîmes se montrent en mots chez Hölderlin, Nietzsche et Artaud ; elle s'épanouit en couleurs, lumières et violences chromatiques chez Van Gogh ; elle se fait entendre chez Scriabine, plus encore dans ses dernières œuvres. [...] On ignore pas sa passion pour le soleil et la brûlure, son tropisme violent pour la lumière et l'incandescence, sa folie furieuse pour l'extase et la couleur - et l'on imagine ce qu'auraient pu être ses extases colorées, allumées aux feux contemporains des débuts de l'humanité, ou frères des apocalypses dans lesquelles se consumait enfin le monde."
Michel Onfray


Vladimir Horowitz interprète Vers La Flamme d'Alexandre Scriabine

C'est un poème musical d'une densité exceptionnelle, parfaitement équilibré entre l'architecture et la formulation évolutive des idées. Des lents accords du débuts qui semblent s'interroger avec insistance sur la voie à suivre, naît une mouvance qui se transforme rapidement en frémissements incandescents et réalise la vision d'un brasier apocalyptique. [...] Par son idée et son message, Vers la flamme cherche pourtant à dépasser le stade d'expression pianistique de son auteur et fait office de « pont » entre le poème symphonique Prométhée (ou Poème du Feu) et cet Acte préalable que méditait Scriabine à la fin de sa vie.
A.L.
Guide de la musique de piano et de clavecin, sous la dir. de François-René Tranchefort, Fayard, 1987, p. 775

La partition synchronisée à la lecture de l'enregistrement de l'œuvre interprétée par Vladimir Horowitz

D'abord cantonné au centre du clavier, dans un sombre pianissimo, le ressassement de quelques accords ; la question s'éveille à la mes. 27 sous la forme d'une seconde descendante, unique motif générateur du morceau. Le deuxième partie [...] sort graduellement de ces limbes de la conscience ; l'interrogeante seconde est maintenant soutenue de triolets de croches à droite, de quintolets de noires à gauche, mouvement d'abord confus, qui va s'exaspérer, la main gauche lançant vers le bas des jets d'arpèges de plus en plus sonores [...]. La troisième partie multiplie encore ce remuement de matière [...], cependant que la « question » devient, dans l'aigu, une certitude, une affirmation péremptoire. Le comble de l'exaltation est enfin atteint dans la dernière partie emplie de trémolos, de triomphaux accords de quarte, de plus en plus haut dans le suraigu [...]. Fin éblouie, sur un lumineux arpège de mi majeur, avec la quarte augmentée la #.
Guy Sacre, La musique de piano : dictionnaire des compositeurs et des oeuvres.[vol.2], J-Z, Robert Laffont, 1998 (Bouquins) p. 2654.



source de la partition : http://imslp.org/wiki/Main_Page

[ill. Vincent Van Gogh Nuit étoilée (Saint-Rémy-de-Provence - 1889)]

1 commentaire:

Insula dulcamara a dit…

"Je ne suis pas venu pour enseigner mais pour caresser" (A. Scriabine)...

Horowitz a beau en mettre pas mal à côté, cette vidéo me fera toujours autant d'effet !

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