samedi 12 novembre 2011

L'histoire du soldat : opera incipit #4

Opera incipit, une nouvelle série qui revisite les grandes oeuvres de l'opéra de l'âge baroque à nos jours en commençant par le début... du livret.

L'Histoire du Soldat pourrait être qualifié d'opéra de chambre, tant par sa distribution (3 rôles parlés : le narrateur, le Soldat, le Diable), que par sa formation musicale (7 instruments : clarinette, basson, cornet à pistons, trombone, violon, contrebasse, percussions). Igor Stravinski, réfugié en Suisse après la Révolution russe de 1917, a conçu "une espèce de petit théâtre ambulant" avec l'écrivain suisse Charles Ferdinand Ramuz qui signe le livret. La première de l'Histoire du Soldat fut donnée le 28 septembre 1918 au Théâtre de Lausanne, avec une mise en scène assurée par George et Ludmilla Pitoëff et une direction musicale de Ernest Ansermet. Le mélodrame en deux parties, destiné à être lu, joué et dansé, est d'inspiration faustienne, mais reprend également un conte populaire russe publié par Alexandre Afanassiev : "Le déserteur et le Diable". "La partition de Stravinsky révèle une disparité des genres musicaux aussi surprenante que celle des instruments eux-mêmes : marches militaires et fanfares, paso-doble, tango argentin, valse mécanique de boîte à musique, ragtime, choral" note Jean-Michel Vaccaro (Les voies de la création théâtrale, CNRS, 1978).
L'argument : Un soldat de retour au pays rencontre sur sa route le Diable qui lui propose d'échanger son violon contre un livre magique pouvant prodiguer toutes les richesses.




LE NARRATEUR
Entre Denges et Denezy,
Un soldat qui rentre chez lui...
Quinze jours de congé qu'il a,
Marche depuis longtemps déjà.
A marché, a beaucoup marché.
S’impatiente d’arriver,
Parce qu’il a beaucoup marché.
Voilà un joli endroit...
Si on se reposait un moment ?
Mais le fichu métier qu'on a !
Toujours en route, jamais le sou...
C'est ça ! Mes affaires sens dessus dessous !
Mon Saint-Joseph qui est perdu !
(C’est une médaille en argent doré
Avec saint Joseph, son patron, dessus)
Non, tant mieux !...
Va toujours fouillant,
sort des papiers avec des choses dedans,
des cartouches, sort un miroir,
(tout juste si on peut s'y voir)
mais le portrait, où est-ce qu'il est ?
(un portrait de sa bonne amie
qui lui a donné son portrait)
Il l'a retrouvé, il va plus profond,
il sort de son sac un petit violon.

LE SOLDAT
On voit que c'est du bon marché :
il faut tout le temps l'accorder...

(Le soldat se met à jouer : musique.
Entre le diable qui s'approche du soldat par derrière.)

LE DIABLE
Donnez-moi votre violon.

LE SOLDAT
Non !

LE DIABLE
Vendez-le-moi

LE SOLDAT
Non !

[...]

Version proposée à la médiathèque de Dole :

L'histoire du Soldat / Igor Stravinsky, comp. ; texte de Charles Ferdinand Ramuz ; Roger Planchon, récitant ; Patrice Chéreau, le soldat ; Antoine Vitez, le Diable ; Ensemble Intercontemporain ; Pierre Boulez, direction. - Erato : Warner Music, 1982-1992

Aucun commentaire:

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...