vendredi 7 juin 2013

"Cançó de Na Ruixa Mantells" : la poésie chantée catalane #2

L' édition de juin des Vases communicants nous permet de poursuivre notre découverte de la poésie chantée catalane. Marta Bramon, bibliothécaire à la bibliothèque de Banyoles, et membre de l'équipe des Musictecaris nous présente ainsi une nouvelle chanson manquante du patrimoine culturel catalan :

"Cançó de Na Ruixa Mantells" est un poème de Miquel Costa i Llobera (1854-1922), mis en musique et interprété par Maria del Mar Bonet.


"Ruixa Mantells" est le nom d'une grotte sur le rivage de l'île de Majorque (Mallorca). Une ancienne croyance populaire rapporte qu'une sorcière vivait là, portant aussi le nom de "Ruixa Mantells". Elle ensorcelait les marins pour les emmener à leur perte. Si le poème original parle davantage de la sorcière, son adaptation en chanson par Maria del Mar Bonet s'attache particulièrement au tourment d'une femme de marin conduite à la folie et à la mort par la disparition de son amant.
Une belle chanson sur le thème du naufrage, une manière poétique et fantastique d'évoquer la mort des marins disparus en mer.

La vidéo présente un extrait du ballet "Jardí Tancat" (Jardin fermé) créé en 1983 par le chorégraphe espagnol Nacho Duato sur les musiques de Maria del Mar Bonet.



Cançó de Na Ruixa-mantells

Passant gemegosa, com fa la gavina,
qui volta riberes i torna a voltar,
anava la boja del Camp de Marina,
vorera del mar.

Descalça i coberta de roba esquinçada,
corria salvatge, botant pels esculls;
i encara era bella sa testa colrada,
la flor de sos ulls.


Color de mar fonda tenia a les nines,
corona se feia de lliris de mar,
i arreu enfilava cornets i petxines,
per fer-se'n collars.

Així tota sola, ran ran de les ones,
ja en temps de bonança, ja en temps de maror,
anava la trista cantant per estones
l'estranya cançó.

"La mar jo avorria, mes ja l'estim ara,
des que hi té l'estatge l'amor que em fugí.
No tenc en la terra ni pare ni mare,
mes ell és aquí!"

"La mar el volia, jamai assaciada
de vides, fortunes, tresors i vaixells;
i d'ell va fer presa dins forta ventada
Na Ruixa-mantells".

Un vespre d'oratge finí son desvari:
son cos a una cala sortí l'endemà;
i en platja arenosa, redós solitari,
qualcú l'enterrà.

No té ja sa tomba la creu d'olivera,
mes lliris de platja bé en té cada estiu,
i sols ja hi senyala sa petja lleugera
l'aucell fugitiu...

Cançó de Na Ruixa-mantells

Passant gémissante, comme fait la mouette, qui tourne allant et venant au rivage,
La folle du Camp de Marina,
Est venue sur la plage.

Les pieds nus et vêtue d’une robe en lambeaux,
elle courrait comme une sauvage, sautant aux travers des récifs,
Sa figure halée était encore belle,
avec une fleur dans ses yeux.

Le bleu profond de la mer avait la couleur de ses pupilles,
Elle portait une couronne de lys de mer,
Et ramassait des coquillages pour s’en faire des colliers.

Si seule, elle traversait les vagues,
Par beau temps comme par mauvaise marée,
Triste, et parfois chantant
cette étrange chanson :

“Je haissais la Mer, mais je la chéris à présent,
Car elle est la demeure de l’amant qui m’a fui.
Je n'ai pas dans les terres, ni père, ni mère
mais lui, il est là! "

"La mer l'a voulu, la mer veut toujours plus
de vies, de fortunes, de trésors et de navires;
et il a été emmené dans le vent fort
par Ruixa-mantells. "

Son délire s’acheva un soir de beau temps:
son corps apparu dans une crique le lendemain;
sur une plage de sable, dans un refuge solitaire,
quelqu'un l'a enterré.

Il n’y a plus de croix d’olivier sur sa tombe,
mais il s’y dépose des lys de mer chaque été,
et l'empreinte légère
de l'oiseau fugitif...

Références :

Miquel Costa i Llobera - Wikipédia - Catalan Literature Online
Maria del Mar Bonet - Wikipédia - Nacho Duato - Wikipédia - Le poème dans sa version complète -

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