samedi 22 juin 2013

Conneries : chanson de la semaine #122

Arthur Rimbaud - John Zorn - Mathieu Amalric

L'album Rimbaud (Tzadik, 2012) du compositeur et saxophoniste de jazz John Zorn est constitué d'une suite en 4 parties : Bateau ivre, A season in hell, Illuminations et Conneries. Alors que les 3 premiers titres sont des instrumentaux, le dernier a été enregistré avec la participation du comédien Mathieu Amalric, John Zorn assurant la partie instrumentale : saxophone alto, piano, orgue, guitare, batterie, bruitages.

Conneries est le titre générique donné par Arthur Rimbaud à trois textes : Jeune goinfre, Paris, Cocher ivre et fait partie des poèmes rassemblés sous l'appellation "poèmes zutiques". Mathieu Amalric déclame ici également des bribes et des fragments d'autres textes du même album zutique. Des pièces qui ont été écrites en 1871- 1872, juste après la Commune de Paris, au ton parodique (Fête galante), obscène et scatologique (Sonnet du trou du cul), et dont la violence transgressive annonce et ouvre la voie à Antonin Artaud, Georges Bataille, et Jean Genet, ...




(Cocher ivre)
Pouacre
Boit :
Nacre
Voit :

[...]
Femme
Tombe :
[...]
Saigne :
— Clame !
Geigne.

***
(Remembrances du vieillard idiot)
[...] — oh ! non ! —
Pour avoir le bout gros, noir et dur de mon père,
Dont la pileuse main me berçait !...
Je veux taire
[...] Pardon, mon père !

***
(Le balai)
C'est un humble balai de chiendent, trop dur
Pour une chambre ou pour la peinture d'un mur. [...]
J'aime de cet objet la saveur désolée
Et j'en voudrais laver tes larges bords de lait,[...]


***
(Les soirs d'été...)
[...] Suceurs du brûle-gueule ou baiseurs du cigare,
[...]
Les soirs d'été, sous l'œil ardent des devantures
Quand la sève frémit sous les grilles obscures
Irradiant [...] Hors [...] Dans [...] — Tandis [...]
[...] propre qui bruit [...] l'onde humaine,
— Et que l'âpre aquilon n'épargne aucune veine.

***
(Remembrances du vieillard idiot)
Pardon, mon père !
[...]
Je cherchais, non le tir banal où tout coup gagne,
Mais l'endroit plein de cris où les ânes, le flanc
Fatigué, déployaient ce long tube sanglant
[...]
Et puis ma mère,
Dont la chemise avait une senteur amère
Ma mère qui montait au lit
[...]ma mère, avec sa cuisse
De femme mûre, avec ses reins très gros où plisse
Le linge, me donna ces chaleurs que l'on tait !...
[...]
Ô pardon !
Je songeais à mon père parfois : [...]
— Car un père est troublant ! — [...]
Son genou, câlineur parfois ; son pantalon
Dont mon doigt désirait ouvrir la fente... — oh ! non !
[...]
La Sainte-Vierge et le crucifix...[...]
Puis ! — qu'il me soit permis de parler au Seigneur ! —
Pourquoi la puberté tardive et le malheur
Du gland tenace et trop consulté ?
[...] Pardonné ?... [...] Ô cette enfance !
— et tirons-nous la queue !

***
(Hypotyposes saturniennes, ex Belmontet.)
[...] Sur le volcan des nations ! [...]

***
(L'Idole - Sonnet du Trou du Cul)
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse
Pour s'aller perdre où la pente les appelait.

***
(Lys)
Ô balançoirs ! ô lys ! clysopompes d'argent !
[...]
L'aurore [...]
Une douceur de ciel beurre vos étamines !

***
(Les Lèvres closes - Vu à Rome)
Il est, à Rome, à la Sixtine,
Couverte d'emblèmes chrétiens,
Une cassette écarlatine
Où sèchent des nez [...]
De l'immondice [...]
Tous les matins, on introduit [...] schismatique [...] livide [...]

***
(Je préfère sans doute...)
[...]
Où des marronniers nains bourgeonne la baguette,
Vers la prairie étroite et communale, au mois
De mai. [...]

***
(Fête galante)
Rêveur, Scapin
Gratte un lapin
Sous sa capote.

Colombina,
— Que l'on pina ! —
— Do, mi, — tapote

L'œil du lapin
Qui tôt, tapin,
Est en ribote...

***
(J'occupais un wagon de troisième)
J'occupais un wagon de troisième ; un vieux prêtre
Sortit un brûle-gueule et mit à la fenêtre,
Vers les brises, son front très calme aux poils pâlis.
Puis ce chrétien, bravant les brocards impolis,
S'étant tourné, me fit la demande énergique
Et triste en même temps d'une petite chique
De caporal, — ayant été l'aumônier-chef
D'un rejeton royal condamné derechef ; —
Pour malaxer l'ennui d'un tunnel, sombre veine
Qui s'offre aux voyageurs, [...].

***
(État de siège ?)
La lune se bercer parmi la verte ouate,
Malgré l'édit et l'heure encore délicate,
Et que l'omnibus rentre à l'Odéon, impur
Le débauché glapit au carrefour obscur !

***
(Vieux de la vieille !)
Aux paysans de l'empereur !
À l'empereur des paysans !
Au fils de Mars,
Au glorieux 18 mars !
Où le ciel d'Eugénie a béni les entrailles !

***
(Hypotyposes saturniennes, ex Belmontet.)
Quel est donc ce mystère impénétrable et sombre ?
Pourquoi [...]
L'amour veut vivre aux dépens de sa sœur,
L'amitié vit aux dépens de son frère.

***
(Les anciens animaux...)
Au moyen âge pour la femelle, ange ou pource,
Il fallait un gaillard de solide grément :
[...]
D'ailleurs l'homme au plus fier mammifère est égal ;
L'énormité de leur membre à tort nous étonne ;
Mais une heure stérile a sonné : le cheval

Et le bœuf ont bridé leurs ardeurs, et personne
N'osera plus dresser son orgueil génital
Dans les bosquets ou grouille une enfance bouffonne.

***
(Nos fesses ne sont pas les leurs.)
Nos fesses ne sont pas les leurs.
[..]
Plus ferme, blême en bien des cas, il est pourvu
De méplats évidents que tapisse la claie
Des poils ; [...]

Wikipédia - Rimbaud (Album)
Arthur Rimbaud - Poèmes zutiques et para-zutiques

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