29 mars 2020

My Favorite Things #2 : les albums préférés de Sophie Cornière



Certains albums, tels des poèmes que nous connaissons par cœur, nous accompagnent au long des années, des décennies. Chargés de souvenirs, déclencheurs de nos évolutions, témoins de nos cheminements, énigmes résistant à l'usure du temps, traversant les modes, conservant la fraîcheur de la découverte à chaque nouvelle écoute....

Merci à Sophie Cornière, responsable de la Bibliothèque Saint-Sever, Rouen Nouvelles Bibliothèques, blogueuse, et ancienne présidente de l'ACIM, d'avoir répondu à l'invitation.


1972, Aphrodite’s Child : "666"

J’ai des grands frères et quand j’étais petite c’était eux qui avaient le pouvoir de la musique. J’ai donc été bercée par leur musique, je me souviens très bien de cet album “666” des Aphrodite’s Child. A l’époque je ne savais pas encore ce que signifiait sulfureux et je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas l’écouter. Ce que je faisais bien sûr, et l’une de mes chansons préférées était Hic et Nunc, à cause de son rythme mélodieux et de ses belles envolées ?




1970, Deep Purple : "In rock"

Un autre groupe écouté par mes frères et qui m’a marqué : Deep Purple et l’album “In Rock” avec Child in time, tout comme Led Zeppelin et “Stairway to heaven” d’ailleurs c’est un peu, pour moi comme la comparaison Beatles vs Rolling Stones. Il y a peu, je me suis rendue compte qu’écouter “In rock” était toujours un plaisir alors que ce n’était plus le cas avec “Led Zeppelin IV”.



1978,  Hubert-Félix Thiéfaine : "…tout corps vivant branché sur le secteur ..."

Mes premiers vrais concerts, c’est à dire sans mes frères, la liberté totale. Thiéfaine, c’est une sorte de fascination, des textes qui laissent le champ libre à toutes sortes d’interprétations. Sublimer le glauque. Le seul chanteur dont je connais toutes les chansons par coeur. “tout corps vivant branché sur le secteur…” avec Le twist, la dèche et le reste la Bohème triste.





1978, Kate Bush : “The Kick Inside”

La période Kate Bush, romantisme et henné, les soeurs Brontë, … Kate Bush, une voix féminine envoûtante et une danseuse hors pair, le titre Wuthering Heights, dont avec ma meilleure amie on essayait de reproduire la chorégraphie. évidemment, même si c’est tout l’album que j’écoutais en boucle... “Heathcliff, it's me ! Cathy !” .




1983, Nina Hagen : “Angstlos” 

Une autre voix féminine, dans un tout autre genre. Parmi les meilleurs concerts de ma vie, un show sur scène, une artiste provocante et déjantée, un style musical éclectique tellement riche que c’est toujours une découverte à chaque réécoute. “Angstlos” et New-York New-York, une voix de chanteuse d’opéra qui aurait pris un acide.





2000, "In The Mood For Love (Original Soundtrack From The Motion Picture) "

Pas facile d’en parler car c’est une musique de l’émotion, des sentiments, simple, douce, très sensuelle, elle accompagne parfaitement la rêverie. Je revois les couleurs, les ambiances de ce magnifique film de Wong Kar-wai, avec le fameux thème composé par Shigeru Umebayashi.




2008, Alain Bashung : "Bleu pétrole"

J’ai suivi toute sa carrière, souvent vu en concert, avec des périodes de détestations, mais j’y suis toujours revenue, notamment avec son dernier album “Bleu pétrole” et son dernier concert à Rouen lors de l’Armada en 2008. Malade, il ne pouvait même pas ajuster sa guitare seul, c’est un souvenir triste qui m’en rappelle un autre, celui d’un de mes frères décédé de la même maladie peu de temps avant.





1971, Mort à Venise, thèmes du film de Luchino Visconti, musique de Gustav Malher


J’écoute très peu de musique classique, mais j’ai un faible pour la musique de la fin du 19e, début 20e  siècle. Surtout quand elle accompagne un film comme “Mort à Venise”. la symphonie n°5 de Gustav Mahler se déguste alors telle la célèbre madeleine de Proust contemporaine de cette oeuvre ou Venise remplace Balbec.




Rossini: Petite Messe solennelle

Plutôt de culture rock, cette petite messe est l’oeuvre de musique classique la plus rock que je connaisse, elle est très originale et j’y entends même de l’électro.





Comment écoutes-tu la musique aujourd'hui ? Chez toi ? sur une chaîne Hi-Fi ? Plutôt des vinyles ou des CD ? Sur ton smartphone ? avec des écouteurs, au casque ? En te promenant à pied ? En voiture ? En vélo ?
Avant toute chose, la musique que je préfère c’est en live.  J’’ai fait de nombreux concerts et festivals, moins maintenant certes. Sinon, j’écoute de la musique sur toutes sortes de matériel et supports : chaîne hi-fi, radio, CD ou vinyles et depuis peu sur une enceinte bluetooth, mais à l’ancienne : je ne connecte pas mon téléphone, je fais ma playlist sur mon pc et je transfère cette playlist sur une microcard SD. J’ai même ressorti le vieil Ipod de mes enfants, car depuis quelques mois je vais travailler à vélo.

Quelle plateforme de streaming utilises-tu ? As-tu un abonnement payant à Spotify, Deezer, ... ? Continues-tu à acheter des disques ? Des CD ? Des vinyles ?
Etant bibliothécaire, j’ai la chance d’avoir quasiment tout à disposition, dans la discothèque où je travaille et j’achète ensuite les CD que j’ai aimés. Je continue à acheter des vinyles aussi souvent dans des brocantes pour refaire notre discothèque mise à mal par le CD. Je n’arrive pas à passer à la musique en streaming.

Quelques émissions de radio, ou web radios musicales écoutes-tu ? Comment te tiens-tu au courant de l'actualité musicale ? Radios ? Magazines ? Sites, blogs ? Festivals ? Médiathèque ?
Mes collègues ! Mes plus jeunes collègues me font découvrir de nouveaux albums, mon conjoint aussi, il écoute beaucoup plus la radio et me demande régulièrement de lui trouver ce qu’il a entendu. Auparavant je lisais les magazines spécialisés qui disparaissent les uns après les autres et je continue à feuilleter Diapason pour m’informer en lien avec mes acquisitions. Aujourd’hui c’est par les réseaux sociaux que je fais des découvertes.

27 mars 2020

Le capharnaüm #75 : opposer au puissant effort des usines du rêve producteur d'argent celui des usines du rêve producteur d'esprit.

"Prenons garde que la civilisation apporte une multiplication du rêve que l'humanité n'a jamais connue : il y a des machines à transporter, il y a aussi les machines à faire rêver. Les usines de rêves n'ont jamais existé avant nous. C'est nous qui sommes en face de la radio, de la télévision, du cinéma. Il y a 100 ans, 3000 Parisiens allaient au spectacle chaque soir. Aujourd'hui, la région parisienne possède plusieurs millions de postes de télévision. Il ne s'agit donc pas d'opposer un domaine de l'esprit à un domaine de la machine qui ne connaîtrait pas l'esprit. La machine est le plus puissant diffuseur d'imaginaire que le monde ait connu. L'objet principal de la culture est de savoir ce que l'esprit peut opposer à la multiplication d'imagerie apportée par la machine.

Le cinéma n'est pas né pour servir l'humanité, il est né pour gagner de l'argent. Il se fonde donc sur les éléments les plus suspects de l'émotion, à l'exception du comique. Il convient donc d'opposer au puissant effort des usines du rêve producteur d'argent celui des usines du rêve producteur d'esprit. C'est-à-dire d'opposer aux images du sexe et de la mort les images immortelles. Pourquoi immortelles ? Nous n'en savons rien; mais nous savons très bien que lorsque notre âme retrouve ces grands souvenirs que nous n'y avons pas mis, elle retrouve en elle-même des forces aussi puissantes que ses éléments organiques. Et n'oublions pas que le génie africain est lui-même en partie organique…

La culture, c'est cette lutte, ce n'est pas l'utilisation des loisirs."
André Malraux : «Discours de Dakar, 30 mars 1966»,
inauguration du 1er Festival mondial des Arts nègres


Manu Dibango - Ce soir au village


Les archives de la RTS sur le plateau de Faxculture en 2001.
Album : Super Kumba, Fiesta, 1974

Dani - La machine


"Je m'suis achetée une machine / Une machine un hydropleximus  / Elle prévoit tout ce qu'on devine / Y'a un cerveau à rébus"
Emission Bouton rouge sur le 2ème chaîne du 16 avril 1967
45 tours : Scopitone , label Ducretet Thomson, 1967


Javier Krahe - Un Burdo Rumor


Album : Javier Krahe, Joaquín Sabina, Alberto Pérez - La Mandrágora, CBS 1981


Joni Mitchell - Coyote 

 
"And still feel so alone / And still feel related"
avec Bob Dylan et Roger McGuinn (The Byrds), filmé chez Gordon Lightfoot
album Hejira, Asylum Records, 1976


Karlheinz Stockhausen, Gruppen - Ensemble intercontemporain


éclairage sur l'oeuvre et analyse par Pierre-Yves Macé

15 mars 2020

Le capharnaüm #74 : importante comme symptôme d’un reste de vitalité, et nécessaire comme instrument de survie morale

Les lavabos sont un lieu peu accueillant : une salle mal éclairée et remplie de courants d’air, avec un sol de briques recouvert d’une couche de boue ; l’eau n’est pas potable, elle a une odeur écœurante et reste souvent coupée pendant des heures. Les murs sont décorés de curieuses fresques édifiantes : on y voit par exemple le bon Häftling, représenté torse nu en train de savonner avec enthousiasme un crâne rose et bien tondu, tandis que le mauvais Häftling, affligé d’un nez crochu fortement accusé et d’un teint verdâtre, engoncé dans des habits tout tachés, trempe un doigt prudent dans l’eau du lavabo. Sous le premier on lit : « So bist du rein » (comme ça, tu es propre), sous le second : « So gehst du ein » (comme ça, tu cours à ta perte) ; et plus bas, dans un français approximatif mais en caractères gothiques : « La propreté, c’est la santé. » 
Sur le mur d’en face trône un énorme pou, blanc, rouge et noir, orné de l’inscription : « Eine Laus, deine Tod » (un pou, c’est ta mort) et suivi de ces vers inspirés : 
Nach dem Abort, vor dem Essen
Hände waschen, nicht vergessen 
(Après les latrines, avant de manger, 
Lave-toi les mains, ne l’oublie jamais.) 
Pendant des semaines, j’ai considéré ces incitations à l’hygiène comme de simples traits d’esprit typiquement germaniques, du même goût que la plaisanterie sur le bandage herniaire qui nous avait accueillis à notre entrée au Lager. Mais j’ai compris ensuite que leurs auteurs anonymes avaient effleuré, sans doute à leur insu, quelques vérités importantes. Ici, se laver tous les jours dans l’eau trouble d’un lavabo immonde est une opération pratiquement inutile du point de vue de l’hygiène et de la santé, mais extrêmement importante comme symptôme d’un reste de vitalité, et nécessaire comme instrument de survie morale.
Primo Levi, Si c'est un homme [citation]
Traduit de l’italien par Martine Schruoffeneger



Piccola Orchestra Avion Travel - "Sentimento"


Sopra il mare non passa mai il tempo / Tempo che non passa mai ci cercò ci trovò
(Sur la mer, jamais ne passe le temps / Le temps qui ne passe jamais nous cherche et nous trouve)
album : Piccola Orchestra Avion Travel ‎– Selezione 1990/2000, Sugar Music 2000
Wikipedia - Discogs


Caroline Says - "I Think I'm Alone Now"


album : Caroline Says ‎– 50,000,000 Elvis Fans Can't Be Wrong, Noumenal Loom, 2014
Discogs - Bandcamp


Giorgio Gaber - La libertà


La libertà non è star sopra un albero / non è neanche il volo di un moscone / la libertà non è uno spazio libero / libertà è partecipazione.
(La liberté n'est pas de se percher sur un arbre, ce n'est pas même le vol d'une mouche, la liberté n'est pas un espace libre, la liberté c'est la participation.)
Wikipédia - Discogs


Ornette Coleman - Rome, Music Inn 1975



Ornette Coleman (saxophone) James "Blood" Ulmer (guitare) Norris Sirone Jones (contrebasse) Billy Higgins (batterie)
Wikipédia - Discogs


Alban Berg : Wozzeck - Act I (Claudio Abaddo ; Franz Grundheber, et al.)


Alban Berg - Franz Grundheber · Hildegard Behrens · Aage Haugland · Philip Langridge · Walter Raffeiner · Heinz Zednik / Wiener Staatsopernchor · Wiener Philharmoniker · Claudio Abbado ‎– Wozzeck, Deutsche Grammophon, 1988 Wozzeck, opéra d'Alban Berg - wikipédia -

08 mars 2020

Le capharnaüm #73 : à quoi bon un livre sans images ni dialogues

Au fond du terrier du Lapin
affiche du film "Alice"
de Jan Švankmajer (1988)
Alice, assise sur le talus à côté de sa soeur, commençait à se sentir fatiguée de ne rien faire. Une fois ou deux, elle avait jeté un coup d'oeil sur le livre de sa soeur, mais il n'y avait pas d'images, pas de dialogues, et " à quoi bon un livre sans images ni dialogues ", pensait Alice. 
Elle était en train de se demander ( dans un demi songe, car elle se sentait tout engourdie par la chaleur de cette après-midi d'été) si le plaisir de tresser une guirlande de pâquerettes valait la peine de se lever pour les cueillir, quand, tout à coup, un lapin blanc aux yeux rouges passa près d'elle en courant.
Il n 'y avait là rien de très surprenant. Alice ne trouva pas non plus très extraordinaire d'entendre le Lapin marmonner: " Oh! mon Dieu, mon Dieu ! je vais être en retard. " (Par la suite, il lui vint à l'esprit qu'elle aurait pu s'étonner, mais, sur le moment, cela lui parut naturel.) Par contre, quand elle vit le Lapin tirer une montre de la poche de son gilet, regarder l'heure, puis partir en courant, Alice bondit, car elle venait de comprendre dans un éclair qu'elle n'avait encore jamais vu un Lapin tirer une montre de son gilet. Brûlant de curiosité, elle s'élança derrière lui à travers champs. Elle eut la chance d'arriver assez tôt pour le voir plonger dans un large terrier sous la haie. 
Sans perdre une seconde et sans se demander comment elle pourrait revenir sur terre, Alice le suivit.
Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles (1865), 
trad. par André Bay

Cellars - "Do You Miss Me"


album : Cellars ‎– Phases, Manifesto, 2016


Colette Magny - "Répression" / "Exil" (1972)


archives de la Radio Télévision Suisse
album : Colette Magny : Répression - Le chant du monde, 1972


Tubeway Army - "Are Friends Electric ?"


album : Tubeway Army ‎– Replicas - Beggars Banquet, 1979


Jessica Lea Mayfield - Seein* Starz


album : Jessica Lea Mayfield ‎– Make My Head Sing... - Ato Records, 2014

François Béranger - Tranche de vie


album : François Béranger - Une ville - CBS, 1969