08 mai 2020

My Favorite Things #8 : les albums préférés de Vincent Bouteloup



Certains albums, tels des poèmes que nous connaissons par cœur, nous accompagnent au long des années, des décennies. Chargés de souvenirs, déclencheurs de nos évolutions, témoins de nos cheminements, énigmes résistant à l'usure du temps, traversant les modes, conservant la fraîcheur de la découverte à chaque nouvelle écoute....

Merci à Vincent Bouteloup, bibliothécaire musical à la médiathèque d'Argentan Intercom, auteur de BD, musicien, co-fondateur de Ziklibrenbib et membre du CA de l'ACIM d'avoir répondu à l'invitation.

Genesis – Foxtrot (Charisma, 1972)

4ème album de Genesis. Je le mets ici parce que quelque part cet album a été déterminant dans mon écoute et mes goûts musicaux. J’étais au collège et c’était la grande époque Invisible touch de Genesis. Au supermarché du coin il y avait un bac de K7 soldé et j’ai acheté Foxtrot. Mais quand je l’ai mise dans mon lecteur K7 en rentrant chez moi ça a été la déconfiture totale. Qu’est ce que c’était que cette musique ? Et cette pochette si étrange ? Il me semblait pourtant que c’était la voix de Phil Collins (à l’époque je ne savais pas que Peter Gabriel avait été chanteur du groupe), mais tout était différent. J’avais des sentiments très ambivalents, à la fois ça me révulsait et en même temps ça me fascinait complètement. Par la suite je me suis mis à écouter les premiers Supertramp, puis surtout Pink Floyd, Yes, King Crimson... bref ça m’a fait rentrer dans le rock progressif et surtout ça m’a ouvert sur des choses très différentes que ce j’écoutais sur la FM avant. D’ailleurs ces dernières années, j’ai lu avec grand plaisir certains livres de Aymeric Leroy sur le sujet chez le Mot et le Reste ou de Frédéric Delage. 

Willow farm



Chameleons – The Script of the bridge (Statik, 1983)

1er album du quatuor new wave britannique. Ce disque me suit depuis le lycée. Il fait parti des grandes découvertes que j’ai fait ces années là parmi les 33t de la bibliothèque d’Avranches. A la base, c’est la pochette qui m’avait attiré, et ce sont les entrelacs de guitares que je retiens le plus (tout comme leur album suivant What Does Anything Mean? Basically). Un album injustement méconnu, qui a influencé en partie toute la vague noisy des années 90 et la vague post punk des années 2000 !

Don’t fall



Hüsker Dü – Zen arcade (SST, 1984)

3eme album du trio hardcore punk de Minneapolis. C’est l’album qui m’a appris à aimer les voix hurlées. J’ai longtemps fantasmé sur la musique de Hüsker Dü simplement à la vue de leur typographie et des pochettes des albums, notamment celle de Zen arcade (Internet n’existait pas encore quand j’étais au lycée) et la dimension conceptuelle de l’album (encore un héritage du rock progressif!). Avec Metal circus, ce sont ces 2 albums que je préfère, surtout pour le son de guitare inimitable de Bob Mould et pour la colère qui habite ces morceaux ! D’ailleurs, j’ai adoré sa passionnante autobiographie See a little light au Camion Blanc.

I will never forget you



God Machine - One Last Laugh In A Place Of Dying... (Fiction, 1994)

2ème et dernier album du plus anglais des trios américains. En 1996, je suis allé voir Sophia en concert à Caen (le groupe que Robin Proper-Sheppard a fondé juste après la mort brutale du bassiste de God Machine, Jimmy Fernandez ). Les titres de l’album et Robin Proper-Sheppard ne parlaient que de la disparition de son bassiste, et c’est sans doute le meilleur concert que j’ai jamais vu tellement c’était fort et poignant ! Dans cet album de God Machine, il y a les prémisses de Sophia, mais il y a aussi et surtout une telle tension. J’ai toujours aimé les trios guitare/basse/batterie (comme Hüsker Dü ou les premiers Therapy ? (Babyteeth, Nurse, Pleasure death aussi), surtout l’inventivité dont ces trios font preuve pour se passer d’une deuxième guitare, en l’occurrence God Machine était les maîtres en la matière !

Mama



Pinback – This is a pinback CD (Ace Fu Records, 1999)

1er album du duo californien. Quand je suis arrivé à la médiathèque d’Argentan, la première chose que j’ai fait c’est d’écouter tous les CD de rock/electro que je ne connaissais pas. J’avais gardé ceux avec la pochette la plus moche pour la fin et celui de Pinback en faisait parti ! Je l’ai mis sur ma platine chez moi en pensant zapper vite fait et le ramener (j’en donnais pas cher!), et là la grosse claque. J’ai arrêté ce que j’étais en train de faire et je me suis assis pour tout écouter ! Ces pop songs si simples et évidentes, dépouillées, inventives et reposant surtout sur les vocaux m’ont complètement scotché ! Depuis j’ai tous les albums de Pinback évidemment !

Tripoli


Godspeed you black emperor - Slow Riot For New Zero Kanada E.P. (Constellation, 1999)

1er EP du collectif montréalais. Encore un groupe qui doit beaucoup au rock progressif. J’adore l’intégration des captations (bruits urbains, prêcheurs dans la rue...) et l’ambiance de fin du monde. J’ai beaucoup aimé les premières productions du label Constellation (Do Make Say Think, Frankie Sparo, The Silver Mt. Zion, Set Fire To Flames). Il y avait là un nouveau paysage sonore avec une identité forte qui naissait, c’était une période passionnante !

Moya



Boards of Canada – Geogaddi (Warp, 2002)

4ème album du duo écossais. C’est l’album electro que j’écoute le plus depuis début 2000. C’est l’album que je fais le plus tourner en Espace Image & Son de la médiathèque d’Argentan. Leur musique est complètement intemporelle et organique et une vraie source d’influence. d’influence. Les sorties de Warp des années 90 était fantastique avec des artistes comme Squarepusher, Aphex Twin ou Autechre. Depuis plusieurs années, je trouve que le label a perdu son identité et s’est éparpillé en sortant plein de styles musicaux qu’il n’avait pas auparavant dans son répertoire, c’est dommage !

Music is math



Neurosis – The Eye of the storm (Neurot, 2004)

10ème album du groupe américain, fer de lance du post hardcore. Encore un lien avec le rock progressif, les membres de Neurosis étant fan de la première époque de Pink Floyd (Live at Pompéi notamment). Crépusculaire, lyrique, cet album m’avait accroché parce que le groupe avait intégré des influences atmosphériques lorgnant vers le post-rock. Ça m’a permis d’enchaîner ensuite avec le Somewhere along the highway de Cult Of Luna (puis tous les autres albums), Panopticon de Isis, ou dans le même temps All The Footprints You've Ever Left And The Fear Expecting Ahead de Envy. Bref des choses assez extrêmes (surtout pour les japonnais de Envy). Mi 2000, pour la médiathèque j’ai commencé à travailler avec un disquaire caennais, Paranoïd Records, tenu par Nicolas Bazire, un des guitaristes du groupe post-hardcore Amanda Woodward caennais. Evidemment, il y a avait une grosse sélection hardcore et musiques extrêmes dans leur magasin, et ils m’ont aiguillé vers pas mal de découvertes.

Bridges



Tetarise - Playing in the glow (Kahvi Collective, 2016)


Tetarise est un dj russe spécialisé dans le courant trance. On a tous fait un rêve où on emporte quelque chose de notre rêve, et on a l’impression qu’on le ramène avec nous quand on se réveille. Eh bien j’ai eu ce sentiment là avec les musiques libres, au début où j’ai découvert archive.org et les netlabels, je trouvais ça incroyable qu’il y ai tellement de contenus libres mis à disposition ! Sans Ziklibrenbib je n’aurais sans doute jamais écouté de la trance russe par exemple ! L’electro de Tetarise est hyper synthétique mais chargée d’émotion. J’ai de l’admiration pour ces musiciens (dans le même genre Gridline, Dissolved, Leksha...) qui œuvrent loin des médias traditionnels, souvent sans plan de carrière, avec une certaine philosophie du partage (et celle des netlabels) et qui font juste ça pour l’amour de la musique !

Addicted


***


Comment écoutes-tu la musique aujourd'hui ?
De quatre façons : à la maison sur support CD sur ma chaine hi-fi ; à la maison sur ordinateur et au casque pour les albums mp3 ; au travail sur ordinateur et au casque pour les mp3 et streaming (bandcamp, youtube...) ; en voiture sur mon vieux autoradio K7 (avec ma vieille collection de K7 que j’ai encore !) 
L'autopiedgraphie - K7 Maker



Quelque plateforme de streaming utilises-tu ? 
Au travail je me sers principalement de bandcamp et youtube. Mais aussi de archive.org et freemusic archive pour les albums sous creative commons Chez moi j’écoute peu en ligne, plutôt des albums MP3 téléchargés et des CD.

Continues-tu à acheter des disques ? Des CD ? Des vinyles ? 
Et je me suis remis à acheter des CD d’occase (on trouve vraiment plein de choses à prix très bas! ) de temps en temps sur Internet, albums que j’avais souvent au préalable en K7, il y a quelques années et que je redécouvre grâce à mon super autoradiok7 (mes derniers rachats en date, les 2 premiers Soul Caughing !) !

Comment te tiens-tu au courant de l'actualité musicale ? 
La presse (les Inrocks, Télérama, Rock & Folk...), les webzines et blogs. Mes préférés : MownoXSilence.netMetalorgie.

Comme co-fondateur de ziklibrenbib, est-ce que la musique libre a changé ton écoute, ou le choix des musiques vers lesquelles tu portes ton attention ?
J’ai découvert les musiques libres en recherchant des groupes de post-rock début des années 2000 sur Internet (notamment Milhaven et Jasmin) et aussi à cause d’un netlabel Les Diks qui sautent monté par un copain, Guillaume Cardin (aka David Snug, dessinateur de BD) qui a publié des albums de groupes dans lesquels je jouais. Les artistes gagneraient à connaître plus les Creative Commons, leurs oeuvres sont protégés et ils peuvent autoriser explicitement la diffusion et l’utilisation de leurs musique (remix, samples...), choses avec lesquels ils sont bien souvent d’accord, mais bloqué par défaut par le traditionnel copyright. Avec la musique libre, j’ai élargi ma palette sonore (de choses que je n’écouterais pas en temps normal) ! Et en règle générale, j’aime être surpris par ce que je découvre... Depuis quelques temps, j’écoute aussi d’une autre oreille la musique libre, pour trouver des samples potentiels pour un projet musical basé sur la musique libre fait à mes heures perdues : Iliaque
L'autopiedgraphie -  La genèse du projet ziklibrenbib en BD Ziklibrenbib - Ziklibrenbib 2

Tu es auteur de bandes dessinées, tu as récemment mis en ligne un article Rock et BD en Médiathèque de l'ACIM et signé le visuel des RNBM 2019. Quels liens fais-tu entre le dessin et la musique ?
L’un nourrit l’autre. D’abord j’écoute forcément de la musique quand je dessine, c’est une écoute privilégié parce que le dessin a un fort pouvoir immersif ! Ensuite quand je me suis intéressé à la BD au lycée, c ‘était avec la bande à Margerin (Berberian, Mezzo, PirusPirus, Dodo & Ben Radis, Jano...) donc une BD fortement marqué par le rock. Ça a continué ces dernières années avec par exemple les Lock Groove comix de JC Menu à l’Association, pleins d’anecdotes, d’expérience d’écoutes, ou les livres de Hervé Bourhis (le Petit Livre du Rock pour ne citer que lui). Et l’envie de raconter mes expériences (notamment foireuses) de groupes de rock en BD :

une BD illustrant un peu mon cheminement dans l’écoute de la musique... 
L'autopiedgraphie -  La musique de viking

L'autopiedgraphie


Quelques bandes dessinées auto-éditées et libres faites à mes heures perdues (ou trouvées plutôt ;-)

Ziklibrenbib

est un site consacré aux musiques libres (sous Creative Commons). Il a été créé par Antoine Viry (Médiathèque de Pacé) et moi-même (Médiathèque d’Argentan) en 2012. Le but était de médiatiser les musiques libres au sein des médiathèques (vers les professionnels et le public) en sélectionnant des albums (publication de 3 chroniques hebdomadaires) et en proposant une boîte à outils pour les bibliothécaires. D’autres bibliothèques ont rejoint l’aventure depuis (une quinzaine de chroniqueurs et une trentaine de participants réguliers) et sont venu enrichir les sélections du site à travers les chroniques, mais aussi les compilations et la traditionnelle élection du meilleur titre Ziklibrenbib chaque année. Des tournées d’artistes libres ont aussi pu voir le jour grâce à ce projet !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire